Une émotion. Un soir d'hiver. Perdu au milieu d'une douleur qui n'était pas la mienne...
Je dois le haïr. Comment fait-on ?
Et elle continue, là, sous mes yeux. Elle parle. Elle pleure. Elle me dit que tout ira bien. Que nous n'avons pas besoin de lui. Elle me tend ses bras, comme l'aurais fait toute mère. Et moi...moi je refuse. Moi je dois le haïr. Je comprends, du haut de mes treize ans, que tout sera différent. Que mes repas n'auront plus le même goût. Que les sourires ne seront plus que façades. Que ce soir quelque chose est mort. Je dois le haïr. Toute mon attention est portée sur cette simple phrase. Pendant que lui se saoule. Pendant que lui essaye d'oublier ce qu'il ne peut imaginer. Il a tout gâché. Elle me regarde. Les yeux humides et la haine au bord des lèvres. C'est donc ça la haine ? Je n'écoute plus. Je ne fais que capter de simples mots. Tromperie. Connard. Famille. Mensonge. Principes. Trahison. Salaud. Je ne peux pas. Je n'y arrive pas. Je lui dis. Elle s'effondre. Trahison. Elle ne m'écoute plus. Pourquoi ? Pourquoi dois-je porter tout cela ? Je veux leur rendre leurs larmes, leur
colère, leurs mensonges. Il est loin. Il boit, encore. Et moi je suis là. A ses côtés. Non, je ne pleure pas. Je la laisse le faire à ma place. Je la laisse souffrir. C'est certainement la seule fois dans ma vie où j'ai fait preuve d'un égoïsme aussi puant. Mais c'est ainsi. On ne demande pas à un gosse de prendre partie. Surtout entre deux personnes comme celles-ci. Alors je ne l'ai pas fais.
Cette nuit là je n'ai pas dormi. Les suivantes non plus d'ailleurs. Il est rentré, quatre jours plus tard. Suivirent de longs mois insoutenables. C'est à ce moment là qu'ils auraient dû prendre la décision que jamais ils ne prirent. Ils ont attendus que la mort le fasse.
A leurs places.